Excellence, proximité, “mobilité d’attachement”: atouts du campus Euskampus Bordeaux. Retour sur la table ronde transfrontalière "formation" (Forum Bidassoa)

2019/03/28 14:13:00 GMT+1
Euskampus Bordeaux; eurorégion; excellence internationale; mobilité

Le campus Euskampus Bordeaux a été mis à l’honneur vendredi 22 mars au Hangar 14 à Bordeaux lors de la table ronde transfrontalière sur la formation organisée par Sud-Ouest et El Diario vasco; première table ronde du cycle transfrontalier “Forum Bidassoa” porté par ces deux grands quotidiens, elle a rassemblé en ouverture du festival de la deuxiéme édition “Basques à Bordeaux” un public nombreux venu écouter les acteurs de la formation initiale et continue (secondaire, professionnelle, supérieure) engagés dans des projets transfrontaliers qui partageaient leurs réussites mais aussi les freins ou obstacles rencontrés.

 Idoia Fernandez, vice-présidente de l’innovation, de l’engagement social et de l’action culturelle de l’Université du Pays basque, Manuel Tuñón de Lara, président de l’Université de Bordeaux, Olivier Pujolar,  vice-président partenariats et des territoires de l’Université de Bordeaux et deux étudiants du Laboratoire Transfrontalier de Coopération QuantumChemPhys, Sophie Espert et Maxime Infuso se sont ainsi succédés sur scène pour évoquer les différentes facettes du campus Euskampus Bordeaux, en présence notamment de Gérard Blanchard, vice-président du Conseil Régional de Nouvelle Aquitaine en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche qui a souligné le rôle moteur de l’alliance UB-UPV/EHU dans l’Eurorégion Nouvelle Aquitaine Euskadi Navarre et sa capacité à se distinguer dans l’espace européen et au niveau international.

Détail des échanges des représentants de l'UPV/EHU et de l'UB ci-après et vidéo intégrale de la table ronde en ligne:

Idoia Fernandez, vice-présidente de l’Université du Pays basque (UPV/EHU) et Manuel Tuñón de Lara, Président de l’Université de Bordeaux ouvrent ensemble la table ronde en présentant l’alliance scellée entre les deux universités sur la base d’une amitié solide qui leur permet d’unir leurs forces pour répondre ensemble à des défis communs tout en visant l’excellence, transformant au passage le multilinguisme et la proximité en atouts de taille dans la construction d’un université européenne.

Manuel Tuñón de Lara, Président de l’Université de Bordeaux parle ainsi de mobilité d’attachement pour qualifier la mobilité liée à la relation spéciale qui unit les universités de Bordeaux et du Pays Basque depuis plus de 30 ans et qui s’est structurée autour du projet de campus Euskampus Bordeaux depuis 2011. Si celui-ci s'inscrit dans la dynamique des campus d’excellence respectifs des deux universités, IdEx Bordeaux et Euskampus, Euskampus Bordeaux, il obéit davantage à une logique territoriale qu’internationale; la proximité facilite la circulation, les échanges, l’expérimentation, l’audace.  

A la question posée par Sud-Ouest sur la manière de dépasser les possibles freins liés à la langue et à la baisse des apprenants en français en Euskadi notamment, Idoia Fernandez, évoque l’initiative eurorégionale Eskola futura qui permet via des formations dédiées d’acquérir le niveau de langue requis en français et euskara (il existe un besoin fort d’enseignants bilingues, français-euskara au Pays Basque français) pour réussir les épreuves aux concours de l’enseignement en France notamment. Ce dispositif avec 18 étudiants formés est un succès qui sera reconduit. Idoia Fernandez souligne qu’il est avant tout important de “casser la frontière mentale”, liée aux représentations, aux préjugés etc… qui freine souvent davantage les collaborations parfois que les frontières d’autres natures qu’elles soient politiques ou réglementaires.

Manuel Tuñón de Lara poursuit en indiquant que le multilinguisme est le quotidien du campus Euskampus Bordeaux dont il s’accommode parfaitement, avec pas moins de trois langues officielles parlées dans l’espace eurorégional, l’espagnol, le basque et français et que loin d’être un obstacle, il est au contraire un atout à l’heure de construire des universités véritablement européennes qui ne peuvent fonctionner sur l’uniformisation ou à travers le seul véhicule de l’anglais, certes fondamental, lingua franca de la recherche.

Idoia Fernandez met ensuite en avant le projet Ocean i 3 dont l’approche permet justement de dépasser la supposée barrière de la langue puisque les étudiants, en situation, sur le terrain, développent autour de la résolution de défis communs, des stratégies efficaces pour communiquer, se comprendre sans savoir parler la langue de l’autre.

Les étudiants, en situation, sur le terrain, mobilisés autour de défis communs, développent des stratégies efficaces pour communiquer, se comprendre sans savoir parler la langue de l’autre, Idoia Fernandez.

Ocean i 3 vise à doter les étudiants, en partenariat avec les acteurs privés (Surfrider foundation, entreprises de la filière glisse…) et publics du territoire (Idoia Fernandez rappelle à ce titre qu'un une convention unit les deux universités et la Communauté d’Agglomération Pays Basque depuis 2015 autour du Campus Ocean Experiences) de compétences transversales “Blue skills” pour développer leur employabilité, l'auto-entrepreneuriat et l'innovation à haute valeur ajoutée dans le secteur de l'économie bleue au niveau de ce bassin d'emploi transfrontalier et au-delà. Ainsi, une trentaine d’étudiants d’Aquitaine et d’Euskadi issus de différentes disciplines se mobilisent autour d’un défi de taille commun pour le littoral transfrontalier:  la réduction de la pollution par les plastiques.

Lui faisant écho Manuel Tuñón de Lara, indique qu’à travers le projet Euskampus Bordeaux, les universités mettent, en effet, en complémentarité leurs forces pour répondre à des défis communs et souligne le fort potentiel qui existe sur un espace réduit pour atteindre l’excellence. Il donne l'exemple du Master MER, master international, labellisé Erasmus Mundus, un des meilleures au mondes en lien les ressources marines, porté par l'UB, l'UPV/EHU et les universités de Southampton et de Liège, 

Il y a un avenir pour une université européenne dont la charnière est tranfrontalière, un atout pour faire l’Europe", Manuel Tunón de Lara

Plus tard dans le débat, Olivier Pujolar, vice-président de l’UB met en avant l’importance de la collaboration étroite des personnels administratifs en support des projets du campus Euskampus Bordeaux dont les laboratoires de coopération transfrontalière (LTC), au nombre de 3, en sont un exemple. Le LTC est, en quelque sorte, la figure aboutie de la coopération entre laboratoires basques et bordelais autour des axes recherche et formation mais dont le ciment est avant tout humain. Le LTC bénéficie de moyens spécifiques pour son fonctionnement ainsi que d'un  accès privilégié aux programmes des universités soutenant la collaboration internationale (notamment campagne d’attractivité, bourse de thèse en cotutelle etc…).

Un coup de projecteur est porté sur le LTC QuantumChemPhys  avec le témoignage de deux étudiants, Sophie Espert, doctorante en cotutelle et Maxime Infuso, étudiant du master PCCP, tous deux séjournant actuellement à Saint-Sébastien, présentant les avantages de cette mobilité sur les plans personnels et de l’excellence de leurs carrières de chercheurs qu’ils entament déjà par ce biais. Comme le dit Maxime Infuso à propos de son immersion en Euskadi qui semble l'enchanter: "On est loin mais pas trop loin quand même et on est dans un environnement en même temps très international".

Enfin, Manuel Tunón de Lara et Idoia Fernandez ont été invités à remonter sur scène pour synthétiser les échanges et partager leur idées sur les pistes permettant d’aller encore plus loin peut-être dans la coopération dans le domaine de la formation. Quand on lui demande “Comment voyez-vous cette coopération aujourd’hui et demain? Voyez-vous le verre à moitié vide ou à moitié plein?”, Idoia Fernandez se montre résolument optimiste au vu des succès évoqués par les participants malgré quelques freins d’ordre d’administratif à l’existence indéniable (notamment dans la coopération dans le secondaire, tout à fait remarquable par ailleurs, décrite par Bernad Crabos, proviseur du lycée professionnel Aïzpurdi d’Hendaye) et prononce la formule suivante “la coopération de demain se fait déjà aujourd’hui et il est important avant tout de casser les frontières mentales”.

“La coopération de demain se fait déjà aujourd’hui et il est important avant tout de casser les frontières mentales”, Idoia Fernandez

Son collègue Manuel Tuñón de Lara tient, quant à lui, a montrer à quel point a progressé en 25 ans cette coopération "passée de rencontres sport et culture - dont il participait  l'organisation - à une mobilité de l’emploi, avec des jeunes qui grâce à des formations en doubles diplômes, des mobilités entre l’Aquitaine et l’Euskadi, apprennent plusieurs langues, apprennent à mieux travailler en équipe, à aller droit au but” (les témoignages d’un ancien étudiant de l’ESTIA travaillant à Beasain en Euskadi dans l’industrie ferroviaire et des étudiants du LTC QuantumChemPhys en sont l’illustration).

“Le principe d’alliance (entre ces deux universités) permet la souplesse qu’empêcherait la création d’une nouvelle superstructure et d’atteindre une masse critique pour être une grande université internationale et d’excellence; un exemple à suivre”, Gérard Blanchard à propos du campus Euskampus Bordeaux.

La table ronde se conclue sur le thème des universités européennes. Manuel Tuñón de Lara affirme qu’il y a un avenir pour une université européenne dont la charnière est tranfrontalière, un atout pour faire l’Europe. Gérard Blanchard dans le prolongement de cette idée a les mots suivants: “Le principe d’alliance (entre ces deux universités) permet la souplesse qu’empêcherait encore la création d’une nouvelle superstructure et d’atteindre une masse critique -on parle, en effet, de 100 000 étudiants et plus de 9000 chercheurs - pour être une grande université internationale et d’excellence”.

Le campus Euskampus Bordeaux ou comment viser l’excellence internationale à travers la proximité.  

Ici, le bilan complet médiatique.