8 mars, Journée internationale des femmes - Témoignages de chercheuses

2021/03/08 16:00:00 GMT+1

 Itziar Alkorta, chercheuse principale du groupe de recherche de l’UPV/EHU « Stratégies moléculaires pour contrôler la dissémination de la résistance aux antibiotiques (CONJURA) », et Lucía Gallego, chercheuse principale du groupe de recherche « Acinetobacter baumannii Research Group », réfléchissent au rôle de la femme chercheuse aujourd’hui.

 

« Le rôle des femmes dans la science a été essentiel et continue de l'être. Sans leur contribution, nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd'hui. »

La promotion de l'égalité des sexes est une mission prioritaire de l'UNESCO, qui lutte pour favoriser l'accès des filles et des femmes à tous les secteurs de l'éducation et de la formation, pour lever les obstacles à leur épanouissement personnel et professionnel, et pour leur permettre d'être mieux représentées dans la vie culturelle, les médias et les sciences[1]

Euskampus a souhaité fêter le 8 mars en donnant la parole à des chercheuses dont le témoignage reflète le long chemin qu’il reste à parcourir pour l’égalité des sexes dans certains domaines. Euskampus se joint à cette promotion de l'égalité des sexes lors de la Journée internationale des femmes, en soutenant les travaux des chercheuses. 

Donnons-leur de la visibilité !

[1] Message de la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, à l’occasion de la Journée internationale des femmes

 

À quel moment ou pour quelle raison avez-vous envisagé de devenir chercheuse ?


Itziar Alkorta (IA): Il n'y pas eu de moment précis, cela s’est fait progressivement. Et le processus se poursuit encore aujourd’hui ! Après avoir obtenu mon diplôme de chimie, j'ai eu l'occasion de préparer une thèse de doctorat et d’effectuer un séjour post-doctoral à l'Université de Californie à Berkeley. Ces deux expériences m’ont ouvert la porte de la recherche et m'ont apporté un bagage technique et scientifique. Mais ce n'était que le point de départ et tout au long de ces 30 ans de carrière, chaque projet, chaque thèse de doctorat dirigée et surtout chaque contretemps m'ont appris à m’améliorer en tant que scientifique.
Aujourd'hui, ma principale motivation est d'être utile à la société, non seulement en contribuant au progrès de la science et de la biomédecine en particulier, mais aussi en donnant à nos étudiants la meilleure formation possible et en donnant à la société toutes les informations dont elle a besoin pour prendre des décisions qui ont des répercussions sur son bien-être.


Lucía Gallego (LG) : À dire vrai, dès l’instant où je suis entrée dans le service de Microbiologie de l’Hôpital de Basurto alors que j’étais étudiante en troisième année de Médecine, j’ai été tellement fascinée que je n’ai plus envisagé une autre spécialité. J’ai adoré la possibilité d’expérimenter, de chercher des solutions à des problèmes de santé qui ont beaucoup d’impact sur la société et sur la santé et le bien-être des personnes, et j’ai été fascinée de découvrir et contribuer aux connaissances. Sans oublier que tout ce processus se fait en collaborant avec d’autres personnes, de notre entourage mais aussi d’autres parties du monde, ce qui permet de s’enrichir sur les plans scientifique et humain. Enfin, je suis aussi passionnée par la possibilité de travailler avec les nouvelles générations, qui sont le moteur de tout travail scientifique grâce aux travaux de fin d’études, de master et aux thèses doctorales. Cette tâche de transmission du savoir suppose une grande satisfaction mais aussi un défi.

Comment voyez-vous le rôle des femmes dans ce monde de la recherche ?


IA : Le rôle des femmes dans la science a été essentiel et continue de l'être. Sans leur contribution, nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd'hui. Malheureusement, cela ne se reflète pas dans les chiffres fournis par toutes les études réalisées sur ce sujet ces dernières années. Ainsi, bien que nous continuions à avoir des chiffres comparables à ceux des hommes dans les premières étapes de la carrière de recherche (étudiants pré et post-doctorants), à mesure que l’on avance dans la carrière scientifique, le nombre de femmes diminue fortement pour atteindre à peine 22 % de femmes professeurs d’université. Et le plafond de verre est toujours une réalité. Le pire, c’est que ces chiffres ne s'améliorent pas et que l'inégalité persiste.

LG : Essentiel. La science et toute la communauté scientifique ont besoin d’un autre regard qui ne soit pas biaisé par le genre. Mais en même temps je ressens une contradiction. D’un côté, nous sommes un grand nombre de femmes scientifiques, mais de l’autre nous n’atteignons pas le niveau de reconnaissance de nos collègues hommes. D’ailleurs, on parle de femmes « de » science, alors que je n’ai jamais lu l’expression « hommes de science », on dit d’eux qu’ils sont des scientifiques. On a aussi du mal à reconnaître que nous vivons les mêmes inégalités que toutes les femmes de toutes les catégories sociales, et que nos luttes doivent être parallèles ; il ne faut pas penser que parce que nous sommes à l’académie ou dans des centres de recherche, nous ne souffrons pas aussi certaines violences, car c’est faux. Il faut non seulement encourager les filles et les femmes à faire des sciences, mais aussi changer les sciences pour en faire un monde où les femmes et les filles se sentent sûres et puissent développer toutes leurs capacités. On gaspille beaucoup de talent dans le monde sans lequel nous n’atteindrons pas un développement et un bien-être entiers reflétés sur la feuille de route des Objectifs de développement durables des Nations unies.

 
Quel est l'avenir des femmes dans ce monde ? Quelles sont les revendications nécessaires pour l'améliorer ?

IA : Cette situation ne changera pas s'il n'y a pas de volonté sincère de changement. Cela nécessite une action institutionnelle résolue, notamment des programmes spécifiques visant à promouvoir la carrière des jeunes femmes scientifiques. Et aussi des changements dans les groupes de recherche et dans la manière de les gérer, en offrant aux femmes la possibilité de mener des projets de recherche très tôt dans leurs carrières, des changements dans la manière de présenter leurs résultats à la communauté scientifique, etc.


LG : Il est nécessaire de nous prendre en compte dans la science comme des personnes actives génératrices de savoir, mais aussi comme des sujets d’étude des essais cliniques, du développement de traitements et de tests diagnostiques, etc. Ne pas le faire amène à la création d’un savoir biaisé dont les conclusions n’ont pas beaucoup de fondement scientifique. Les projets de recherche doivent inclure une perspective différente éloignée du modèle actuel androcentrique compétitif et changer pour une vision plus collaboratrice et ouverte à toutes les réalités sociales, culturelles, de genre, raciales, etc. C’est la seule manière pour que les résultats des études de recherche obtiennent des évidences scientifiques réelles et non soumises à des stéréotypes qui finalement causent un grave préjudice à la société.
L’avenir ? Il se fabrique dans le présent avec les actions du quotidien. L’attention est portée sur nous, mais il faut aussi la porter sur ’implication des hommes qui doivent rejoindre le changement et agir pour cela, ils ne peuvent pas continuer à regarder ailleurs…


Groupe de recherche : Stratégies moléculaires pour contrôler la dissémination de la résistance aux antibiotiques (CONJURA)
CP : Itziar Alkorta Calvo

Chercheuses : Emma González Peral, Ana Rey, Sara Arrieta, Nagore Santos

Groupe de recherche : Acinetobacter baumannii Research Group

CP : Lucía Gallego
Chercheuses : Sandra Sánchez Urtaza, Arrate Prado 

 

 

 

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